Retour au Programme

BEAUTIFUL BASTERDS : deux salauds à Hollywood

July 30, 2019
Chroniques


L’été 2019 vient de nous enlever deux des derniers salopards que le grand écran nous ait projeté. Billy Drago le 24 juin et Rutger Hauer le 19 juillet s’en sont allés parcourir les plaines du Valhalla. Si l’histoire retiendra plus le fantasme aryen batave, principalement pour sa prestation icônique du cyborg Roy Batty dans Blade Runner (dont la scène de fin, improvisée, a été projetée à l’annonce de son décès ad nauseam), le serpent du Kansas mérite aussi un hommage pour la perfection de son interprétation des ordures.

Rutger Hauer
Rutger Hauer © IMDB
Billy Drago © IMDB

Après un début de carrière en tant que cascadeur et de “Bad guy with remarkable face # 1 “ face à Chuck Norris (Invasion USA, 1985) et Clint Eastwood (Pale Rider, 1985), Billy Drago est l’homme de deux principaux rôles : le tueur sadique et précieux Frank Nitti dans l’excellent Les Incorruptibles (1987) de Brian de Palma et le démon de la peur Barbas dans la série Charmed. Ce dernier rôle est le plus remarquable de par la popularité qu’il acquerra, faisant de ce “méchant du mois” un personnage récurrent qui accompagnera les soeurs Halliwell jusqu’à leurs fins. Le reste de sa carrière se résumera à des caméos ou à des nanars assez imblairables. Mais ces deux personnages lui donnent le droit de figurer au panthéon des figures pop cinématographiques.

Billy Drago Charmed
© tout droit réservé

Rutger Hauer débute sa carrière en 1969 par la série télévisé Floris, sorte de Thierry La Fronde néerlandais, sous la direction d’un certains Paul Verhoeven. Le futur “Hollandais Violent” en fait son acteur fétiche sur ses premières oeuvres Turkish Délice en 1973, Katie Tippel en 1975, Soldier of Orange en 1977 qui ouvrira les portes de l’Amérique à Rutger et Spetters en 1980. 

En 1981, Rutger Hauer rejoint la production chaotique de Les Faucons de la nuit de Bruce Malmuth. Ce polar surfant sur trop de vagues (plagiat stylistique du magnifique Serpico de Sydney Lumet sorti en 1973 ou encore les éléments de scénario calqués sur les crimes de Carlos “Le Chacal” qui apparaissait en antagoniste dans La mémoire dans la peau, best seller du moment de Robert Ludlum), tourné avec Sylvester Stallone et Billy Dee Williams (cherchant tous deux à ne pas être prisonnier de leurs rôle de Rocky Balboa et de Lando Calrissian) est un échec artistique mais assure une reconnaissance critique à Hauer qui est parfaitement vénéneux dans le rôle du terroriste international Wulfgar. Lors du tournage, il organise des rencontres entre Verhoeven et les officiels des studios ce qui aboutira à la co-production européano-américaine du surprenant et pourtant culte La Chair et le Sang en 1985, film médiéval ultra violent qui feraient passer Game of Throne pour un épisode du Disney club. Mais le comédien, entretemps starifié avec Blade Runner, Osterman Week-end (dernier film du grand Sam Peckinpah) et Ladyhawke de Richard Donner en 1985, est devenu capricieux et craint beaucoup de l’impact sur son image aux USA des actions ignobles de son personnage de mercenaire sans pitié et fera du tournage un enfer, ruinant son amitié avec Verhoeven (qui gagnera tout de même son ticket d’entrée pour Hollywood avec ce film et pourra réaliser Robocop avec le succès que l’on connaît). La fin des 80’s annonce une période faste mais sans gloire pour le comédien qui multiplie les projets sans envergure et entame une ère de cachetonnage. Quelques rôles dans les années 2000 (pour Clooney dans Confessions d’un homme dangereux en 2002, Robert Rodriguez dans Sin City et Christopher Nolan dans Batman Begins en 2005) prouve qu’il est encore respecté sans créer pour autant un retour de flamme. Quelques rôles dans pays natal (Bruegel en 2011, Michiel de Ruyter en 2015) lui assurent encore quelques succès entre de multiples films direct to dvd et autres erreurs cinématographique (Gangsterdam avec Kev Adams ou Valérian en 2017 pour ne citer que les plus connus).

Si les deux carrières sont incomparables, l’impact culturel pour les cinéphiles du travail de ces deux hommes qui seront prisonnier d’un rôle plus grand qu’eux même justifie que l’on associe nos pensées funèbres pour leurs disparitions.

The Watcher

Du haut de son perchoir, le Watcher observe longuement la foule de divertissement qui s’offre à nos yeux telle l’amante alanguie par l’attente et l’insatisfaction d’un désir insatiable. Certains le traiteront de vieux jeu, de rétro, d’autres de classique voire même d’anachronique. Beaucoup ignorent son existence mais aucun ne peut l’ignorer lui. Son regard flamboyant est au-delà de la perception humaine : le support importe peu, rien ne peut lui échapper. Il suit attentivement l’évolution du cinéma américain actuel sans se laisser obnubiler par l’apparente nouveauté de la technologie. Il a été entraîné par les meilleurs : Chaplin, Hawks, Ford, Huston, Cagney, Bogart, Wayne, Leone, Eastwood, Kubrick, Les vrais frères Scott (Tony et Ridley), Scorsese, Coppola, De Palma, Pacino, De Niro, Stallone, Schwarzenegger, Willis, Mann, Woo, O. Russell, Nolan … La liste est longue et pratiquement interminable. Le savoir est son arme et avec lui, l’escalade est sans fin. Il relie les films, les livres et les jeux dans une toile infinie d’influence et d’inspiration. Dieu seul sait ce qu’il adviendra lorsque tout ceci éclatera. Mais comme a dit de lui un homme une fois, accoudé au comptoir d’un bar d’un Bowling quelconque : The Watcher abides. I don't know about you but I take comfort in that. It's good knowin' he's out there. The Watcher. Takin' 'er easy for all us sinners.

Plus d'articles qui pourraient vous intéresser

Suivez-nous

Thank you! Your submission has been received!

Oops! Something went wrong while submitting the form