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Bernardo Bertolucci : Ciao Berto

November 28, 2018
Les Grands du Cinéma


Bernardo Bertolucci, né le 16 mars 1941 à Casarola en Italie, s’en est allé à l’âge de 77 ans le 26 novembre 2018. Il était l’un des derniers géants du cinéma italien, lui qui amorça une nouvelle vague, avec Dario Argento, à la fin des années 60 et pendant la décennie 70.

Bertolucci
Bertolucci en 2013 | © IMDB

Assistant de Pier Paolo Pasolini à ses débuts, ses premiers films, annonçant les mouvements sociaux de 1968, le font remarquer par Sergio Leone qui souhaite s’entourer de jeunes cinéphiles de talent pour écrire Il était une fois dans l’ouest qui sortira en 1969. Après une série de films adaptés de grands auteurs de la littérature mondiale (Borges, Dostoïevski…), il réalise en 1972 Le dernier tango à Paris avec Marlon Brando et Maria Schneider. Le film, histoire d’amour abusive entre un vieil américain et une jeune parisienne, est aussi sulfureux et scandaleux que son tournage : interdit en Italie pour une scène de sodomie, on apprend tardivement qu’elle est réalisée dans des conditions d’humiliation avec un quasi-viol qui tourmentera la jeune actrice toute sa vie.

L’immense succès du film lui permet de réaliser en 1976 le gigantesque 1900, œuvre-fleuve  (3h40 !) qui se veut un portrait de l’Italie du XXe siècle (le titre original Novecento signifiant Vingtième siècle et non pas 1900 comme le crurent les traducteurs). Produit par trois boîtes, le film au casting international (les débutants futures stars Robert De Niro et Gérard Depardieu en protagonistes, le confirmé Donald Sutherland en antagoniste et les vétérans Sterling Hayden et Burt Lancaster en seconds rôles) raconte la vie parallèle de deux garçons nés fin janvier 1901, l’un fils du propriétaire d’une grande exploitation (De Niro) et l’autre fils du métayer (Depardieu). Bien que grandissant ensemble, l’environnement social et l’éducation les opposent très vite. Le microcosme de la propriété se révèle être le miroir de la société italienne. Le film s’achève à la fin de la Seconde Guerre Mondiale avec un procès du patronat. Un échec public et critique réhabilité depuis.


Après ses années cinéma social, durant lesquelles il deviendra ami avec Jean-Luc Godard à qui il attribuera le Lion d’or pour Prénom Carmen en 1983, lors de sa présidence au jury de La Mostra de Venise, il entame un trilogie spirituelle avec son plus grand succès : Le Dernier Empereur (sur la vie du dernier empereur de chine Puyi et tourné au sein de la Cité Interdite à Pékin), qui obtient 9 oscars dont Meilleur Film et Meilleur Réalisateur en 1988. Suivront Un thé au Sahara  en 1990 et Little Buddha en 1993 avec Keanu Reeves en prince Siddhartha (futur Bouddha).


Ses derniers films, fortement teintés de nostalgie lyrique (dont le cinéphilique Innocents : The Dreamers en 2003 sur un trio de jeunes en mai 68), reçoivent un bon accueil critique sans grand succès public. Il reçoit une Palme d’or d’honneur en 2011 pour l’ensemble de son œuvre.


À l’occasion d’une rétrospective de son œuvre et de la sortie de son ultime film, Moi et Toi en 2012, il revenait sur sa carrière lors d’une interview de Télérama.

The Watcher

Du haut de son perchoir, le Watcher observe longuement la foule de divertissement qui s’offre à nos yeux telle l’amante alanguie par l’attente et l’insatisfaction d’un désir insatiable. Certains le traiteront de vieux jeu, de rétro, d’autres de classique voire même d’anachronique. Beaucoup ignorent son existence mais aucun ne peut l’ignorer lui. Son regard flamboyant est au-delà de la perception humaine : le support importe peu, rien ne peut lui échapper. Il suit attentivement l’évolution du cinéma américain actuel sans se laisser obnubiler par l’apparente nouveauté de la technologie. Il a été entraîné par les meilleurs : Chaplin, Hawks, Ford, Huston, Cagney, Bogart, Wayne, Leone, Eastwood, Kubrick, Les vrais frères Scott (Tony et Ridley), Scorsese, Coppola, De Palma, Pacino, De Niro, Stallone, Schwarzenegger, Willis, Mann, Woo, O. Russell, Nolan … La liste est longue et pratiquement interminable. Le savoir est son arme et avec lui, l’escalade est sans fin. Il relie les films, les livres et les jeux dans une toile infinie d’influence et d’inspiration. Dieu seul sait ce qu’il adviendra lorsque tout ceci éclatera. Mais comme a dit de lui un homme une fois, accoudé au comptoir d’un bar d’un Bowling quelconque : The Watcher abides. I don't know about you but I take comfort in that. It's good knowin' he's out there. The Watcher. Takin' 'er easy for all us sinners.

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