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Blockbusters : l’appât du gain

February 11, 2019
Chroniques

L’origine du mot blockbuster remonte à la Seconde Guerre mondiale. Certains d’entre vous l'apprendront peut-être, mais il s’agissait d’une bombe construite par les anglais qui était capable de détruire, à elle seule, un quartier entier. Pas vraiment joyeux ni divertissant, tout ça…

Dans le milieu artistique, ce mot est apparu au théâtre lorsqu’une pièce remportait un franc succès. Cela avait pour conséquence de faire de l’ombre aux autres pièces qui se jouaient au même moment, d’où l’utilisation de cette expression pour imager le succès. Désormais, ce terme s’applique aussi bien aux comédies musicales qu’aux films ou aux jeux vidéo. Mais aussi à certains médicaments qui amènent un gros profit à la société qui les commercialise.

Mais bon, ici on ne parlera pas vraiment de théâtre, ni de guerre, et encore moins de l’industrie pharmaceutique. Ce dont il sera question, vous vous en doutez un peu, ce sera principalement de jeux vidéo et de cinéma.


Dans le septième art

Dans le milieu du septième art, ce terme qualifiait au début les gros succès au box-office. Maintenant, c’est considéré comme un cinéma de divertissement à gros budget destiné au grand public non cinéphile, principalement issu de l’industrie cinématographique américaine. La promesse d’un large public entraîne le déblocage de fonds conséquents pour les effets spéciaux, le casting, la distribution (les distributeurs, ce sont ceux qui assurent la commercialisation et la projection d’un film en salle), mais aussi pour la communication qui sera faite autour du film avant sa sortie. La différence avec l’origine de ce concept réside donc dans le fait que, maintenant, ce genre de films peut ne plus être un gros succès au box-office : ses ambitions commerciales colossales font de lui un blockbuster, indépendamment de son succès public (même s’il est évidemment pensé pour).

Plus la technologie avance et plus les coûts de production des films augmentent, principalement les films à effets spéciaux et les films d’animation qui ont vu leurs prix s’envoler à cause de la postproduction qui implique un travail pharaonique et qui prend une place grandissante d’année en année.

Le casting reste aussi un grand investissement, certaines stars du cinéma hollywoodien pouvant coûter extrêmement cher. Pour preuve, dernièrement Disney a annoncé la sortie d’un nouveau film qui doit s’ajouter à la saga Pirates des Caraïbes. Cependant, grande nouveauté qui ne sera pas au goût de tous ses fans : Johnny Depp ne fera pas partie du casting du film. Mais devinez qui s’en frotte les mains ! Les studios de Disney, parce que cela fera économiser dans les 90 millions de dollars selon un calcul du magazine Forbes.

Bien qu’il ne tienne pas toujours ses promesses - comme le dernier film produit par Peter Jackson et réalisé par Christian Rivers, Mortal Engines, qui vient de rentrer en ce début d’année 2019 dans les plus gros flops mondiaux de l’histoire du cinéma -, un blockbuster promet toujours d’être rentable. Car au-delà des recettes qui peuvent être engrangées lors de la sortie du film, et qui peuvent avoisiner le milliard de dollars, voire même le dépasser - comme pour beaucoup de films de Nolan - il y a d’autres sources d’argent : les produits dérivés.

Le monde des super-héros, mais aussi de Star Wars, des Animaux Fantastiques etc. sont une énorme source d’inspiration pour des produits dérivés. Ces derniers représentent une mine d’or pour les studios qui produisent les blockbusters. En effet, leur vente peut engendrer de nouvelles entrées d’argent non négligeables. Et n’oublions pas non plus les parcs d’attractions qui peuvent aussi rapporter gros.

WonderWoman
© Pixabay


Groot
© Pixabay

Disney Castle
© Flickr


L’industrie vidéoludique

Dans le milieu du jeu vidéo, les budgets moyens d’un blockbuster se comptent aujourd’hui en dizaines de millions d’euros. Voire même, pour les plus gros, des centaines de millions ; GTA V, à son époque, avait coûté dans les 265 millions de dollars pour la production, la communication et la commercialisation. Et on connaît tous le succès qu’il a eu.

Cette industrie est en train de rattraper celle du cinéma en termes de ressources humaines. En effet, alors qu'auparavant pour produire un jeu vidéo d’envergure on faisait appel à une petite centaine de personnes, aujourd'hui, à elle seule la production d’un jeu vidéo peut demander d’employer plusieurs centaines de personnes. Et ça, pour une période qui se situe entre deux et cinq ans de travail avant la mise sur le marché. Et même au-delà. Red Dead Redemption 2 a demandé d’employer plus de 1000 personnes (selon le PDG de Take two), et avec les retards qui se sont accumulés, a mis huit ans avant d’être finalisé par le studio Rockstar Game.

Rockstar games
| © Rockstar Games

Dernièrement, ce studio a d’ailleurs été pointé du doigt à cause de ses employé.e.s soumis à une pression monstre et à des horaires inhumains. Les périodes de bouclage pouvant durer jusqu’à un an, la pression est continue, et les burn-out ainsi que les dépressions, dus aux tâches répétitives de recherche de la plus petite faille dans les jeux et dans leurs codes, ne sont pas rares.

Cela dit, il faut aussi savoir que les studios jouent leur vie lorsqu’ils sortent un jeu, ou un film. Au vu des moyens financiers mis en œuvre pour les blockbusters, ces studios, bien qu’ils aient les coudées franches, peuvent se mettre en danger de faillite en perdant leurs investisseurs si l’échec est trop cuisant.

Les mockbusters (ou rip-off)

Comment parler des blockbusters sans mentionner les mockbusters ? Ces derniers sont les cousins pauvres des grosses productions cinématographiques américaines. Ce sont des studios indépendants qui profitent du succès des grosses productions cinématographiques (ou d’un éventuel succès) pour sortir un film, généralement à petit budget (donc il ne faut pas s’en étonner, la qualité n’est pas vraiment au rendez-vous), à la limite du plagiat, qui copie en partie l’affiche mais aussi le titre. Ils font ainsi en sorte de berner les plus naïfs des spectateurs.

Certains studios sont même spécialisés dans la production de ces films, Asylum est l’un des plus connus. Le studio a ainsi produit une fausse suite du film Titanic, un rip-off de Jurassic World (Triassic World) et j’en passe. Mais ces films-là sortent rarement en salle, ils sont généralement directement vendus en DVD ou disponibles en vidéo à la demande.

The Asylum
© The Asylum



Dans l’industrie des blockbusters une chose est sûre : ça coûte très cher, mais ça peut rapporter gros. C’est donc pas très étonnant que des petits studios sans le sou en profitent pour copier les grosses productions avec leurs petits moyens, tablant sur un effet ricochet à haute valeur ajoutée.

Lilith

Lilith c’est un être ambigu et aventurier qui aime explorer le cinéma dans toutes ses dimensions. Mais elle se définit principalement par son goût prononcé pour les films où l’absurdité et la folie sont de mise. En effet depuis l’adolescence elle entretient une admiration profonde pour l’univers de Terry Gilliam. Cela dit, elle se délecte aussi des films qui jouent sur un aspect psychologique. Une séance de cinéma est pour elle l’une des meilleure façon de voyager à travers les méandres de la pensée créatrice humaine.


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