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Critique EE.MA.YAU (Repose en paix) de Lijo Jose Pelissery (2018)

April 25, 2019
Cinéma Indien de Toulouse


Pour mon dernier jour de Festival des Cinémas Indiens de Toulouse (pas LE dernier jour du festival, attention !) j’avais très envie d’aller à la projection de deux films : Pariyerum Perumal de Mari Selvaraj et Souvenirs de mes nuits blanches de Sharad Raj. Deux films projetés au Gaumont Wilson. Mais cela ne s’est pas fait pour le premier de ces deux films. En cause ? Un problème technique (dommage puisque Pariyerum Perumal est le film qui a remporté le prix de la critique, le prix du jury et le prix du public, mais je ne pouvais pas assister à la projection qui a finalement été repoussée au lendemain, dans la matinée).

Je ne suis, cependant, pas réellement déçue. En effet pour parer au problème, il a été décidé par la responsable du festival de projeter un film qui avait déjà été projeté un peu plus tôt durant le festival (projection à laquelle je n’avais pas assisté) : EE.MA.YAU (Repose en paix) de Lijo Jose Pelissery. Et, ma foi, ça faisait longtemps que je n'avais pas eu des frissons en regardant un film. Pourtant, celui-ci, dans toute sa simplicité, a réussi à m'en donner. En revanche, je vous préviens directement : vous aurez lu des articles plus joyeux.


affiche du film
© IMDB


EE.MA.YAU (Repose en paix) est un drame satirique qui se crée autour d’un décès. Viennent alors s’entremêler les rites des vieilles traditions hindoues du Kerala (l’un des États indiens), les religions chrétiennes, musulmanes et même juives apportées par les différentes phases de colonisation et de migration. Comment réussir à respecter toutes les traditions qui se mélangent ? Elles sont d’ailleurs tellement intriquées qu’il est difficile de reconnaître de quelles religions elles proviennent (en tous cas pour quelqu’un qui n’aurait pas fait des études de théologie, ou vécu dans un environnement multiculturel).

Pour moi, amatrice de cinéma en tout genre, bien qu’encore non initiée à la culture indienne, mettre en exergue tout ce métissage culturel est l’une des forces de ce film. Car on en apprend beaucoup sur la vie en Inde. Mais on prend directement du recul, puisqu’il s’agit d’une satire. Ce film nous balade entre un côté documentaire, qui nous explique comment fonctionne une partie de la société de cette région de l’Inde dans de telles circonstances, et un côté fiction.   

Ce n'est donc pas tant par sa beauté que par son histoire que ce film a su me toucher. Il y a de très beaux plans, notamment l’un des plans à la fin du film qui se situe sur une plage face à la mer. Cela dit, à mon sens, l’atout principal de ce film réside dans son scénario et sa mise en scène pourtant très simple puisqu’il est question d’une situation qui peut nous arriver à tous : la mort d'un proche. Au début, une soirée toute simple en famille qui très vite se transforme en drame.

Les funérailles : un thème très dur à transposer à l'écran surtout quand cela représente le cœur de l’intrigue. Néanmoins, comme dans le style, on se rapproche beaucoup du documentaire, le réalisme est très poignant. De plus, on est au plus proche des protagonistes, on peut ainsi ressentir leurs émotions. On suit les différents personnages qui, comme un seul homme, s’organisent et essayent de tout faire pour que cet évènement tragique se passe au mieux pour toute la famille et les proches… Tous ces rites, ces étapes à traverser, les codes qui doivent être respectés. Et tout ça c’est sans compter sur la pauvreté, la malveillance de certains et la course contre la montre avec le temps. Car oui, entre autres défis, le mort doit être enterré très vite dans certaines pratiques religieuses. Cela s’explique aussi par le fait que, dans les pays tropicaux et les pays chauds, la température ne permet pas de conserver les corps très longtemps (j’avais prévenu, on n’est pas forcément sur un sujet hyper-joyeux). Tous ces éléments pris en compte amènent inexorablement vers des situations parfois totalement absurdes. Une suite de péripéties va faire que tout ne va pas se passer comme prévu. Mais je m’arrête là pour ne pas trop en dévoiler !

Ce film a résonné en moi, mais pas vraiment pour m'évoquer de bons souvenirs. Finalement, c’est une expérience que tout le monde traversera un jour ou l'autre mais pas de la même façon, selon nos moyens, le pays où nous habitons, la culture dans laquelle on a grandi… Bref, tout un tas de facteurs feront que nous vivrons cette étape obligatoire de la vie d’une manière tout à fait différente. Et pourtant beaucoup de ces émotions semblent être universelles.

Je vous conseille vivement ce film qui a su très profondément me toucher et qui peut-être saura, comme il a su le faire en moi, résonner en vous.


Lilith

Lilith c’est un être ambigu et aventurier qui aime explorer le cinéma dans toutes ses dimensions. Mais elle se définit principalement par son goût prononcé pour les films où l’absurdité et la folie sont de mise. En effet depuis l’adolescence elle entretient une admiration profonde pour l’univers de Terry Gilliam. Cela dit, elle se délecte aussi des films qui jouent sur un aspect psychologique. Une séance de cinéma est pour elle l’une des meilleure façon de voyager à travers les méandres de la pensée créatrice humaine.


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