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Critique - La nuit de tous les mystères

February 24, 2019
Extrême cinéma 2019
House on haunted hill en français La nuit de tous les mystères, W. Castle (1959) | © Telerama


Du 8 au 16 février, le festival Extrême Cinéma se tenait à La Cinémathèque de Toulouse et devinez qui est allé y faire un tour pour voir un petit film d’horreur, à l’ancienne ! Votre dévouée Lilith, ça me paraît évident.

Avant la projection, l’un des organisateurs du festival nous a fait une rapide présentation du film. Et surtout il nous a expliqué que le film que nous allions voir, s'étant dégradé au fil du temps, avait été mis sur un support numérique car la pellicule était attaquée par « le syndrome du vinaigre ». Mais qu’est-ce que c’est que cette chose me direz-vous. Je vous avoue que je ne connaissais pas non plus ce terme et c’est pour cela que je vous partage ma découverte. Cela désigne la formation, sur la bobine, d’acide acétique duquel émane une forte odeur de vinaigre (d’où le nom) et qui entraîne sa destruction. Si la bobine contaminée n’est pas séparée des autres, le syndrome peut se transmettre aux bobines voisines. Elle doit donc être séparée ou détruite.

Déjà, vous le sentez venir, on plonge dans cette ambiance de vieux films comme je les adore.

Situons donc le contexte du film ; comme on peut s’en douter vu le support original du film, celui-ci ne date pas d’hier. En effet il est sorti en 1959. C’est un film d’épouvante, en noir et blanc, qui nous vient de l’autre côté de l’Atlantique et qui fut réalisé par William Castle.

Le plot du film est simple : un millionnaire, Frederick Lorren, et sa femme Anabelle organisent un jeu. Pour ce jeu, Monsieur Lorren a sélectionné les participants à qui il offrira 10 000 dollars s’ils acceptent de passer une nuit entière dans sa maison hantée. Une suite d’évènements étranges va se produire dès l’arrivée des protagonistes. Les personnages ont jusqu’à minuit pour décider de rester ou de partir du lieu, après quoi ils seront enfermés jusqu’au lever du jour. Mais tout ne se passe pas comme prévu.

Le film est un huis-clos angoissant, qui enferme les acteurs et les spectateurs dans un univers baroque horrifique. Au fil de l’intrigue on comprend que chaque personnalité est choisie par les organisateurs de ce jeu sordide, pour mener à bien leur propre dessein malsain. Mais la question qui reste en suspend pendant tout le film est : les fantômes existent-ils ?

Tout est bien mis en scène pour le laisser supposer. À commencer par les histoires que le personnage alcoolique raconte, car il a lui-même habité les lieux et connaît les différents évènements morbides qui s’y sont déroulés. Mais aussi les apparitions et disparitions soudaines de personnes effrayantes qui se déplacent tels des fantômes, des têtes coupées glissées dans les affaires personnelles qui apparaissent et disparaissent, etc. Et n’oublions pas le personnage pendu qui prend ensuite l’apparence d’un fantôme (mais je ne vais pas trop vous en dire non plus).

Et puis parlons des principaux protagonistes : les organisateurs de ce jeu. Les deux sont malsains, dangereux l’un pour l’autre et se détestent bien qu’ils soient mari et femme. Mais tout cela ajoute au mystère de ces personnages. Pourquoi sont-ils ainsi ? Que vont-ils faire ? Vont-ils s’attaquer aux participants ? Sont-ils à l’origine de tous les évènements étranges ? Autant de questions que l’on peut se poser dès le début de l’intrigue.


© Allociné


Au-delà de ça, l’ambiance est renforcée par les jeux d’ombres et de lumière qui s’invitent à chaque plan d’un film tout en contraste. L’univers macabre est aussi directement introduit avec le cortège de voitures noires et le corbillard qui amènent les invités à destination. On appréciera que lorsque Monsieur Lorren distribue des armes à tous les participants, celles-ci sont contenues dans des petits cercueils en bois. Et n'omettons pas de parler de ce décor baroque. Si l’on ne savait pas, dès les plans d’introduction du film, qu’on était dans une villa de type moderne, on pourrait supposer se trouver dans un vieux manoir. Les grands lustres en verre, les longs couloirs avec de nombreuses portes de chaque côté, les grands rideaux épais, les pièces cachées... Un lieu parfait pour dissimuler, tromper l’œil, et surprendre les participants pris au dépourvu. Il y règne une insécurité qui met les personnages autant que les spectateurs en haleine.

© Allociné

Je ne vous cache pas qu’au début j’ai pensé à un scénario type slasher, une tuerie avec les invités qui se font assassiner les uns après les autres, pris au piège dans cette maison hantée.

Mais non, absolument pas. Après la mort d’un des personnages, le film se transforme en une enquête de type roman noir, sur fond de trahison. Les personnages fuient les ombres et les fantômes et se fuient les uns les autres. La confiance n’existe plus, le doute s’immisce partout. Et ils doivent chacun faire face à leurs propres démons.

Alors c’est vrai que certaines scènes prêtent à rire aujourd’hui (et le public ne s’est pas gêné pour le faire), le jeu très théâtral paraît désormais surfait, et l’une des protagonistes crie vraiment trop fort ce qui, à la longue, est un peu exaspérant. Mais cela nous remet dans le contexte de l'époque et ajoute au charme de revoir ce genre de films. Et il n’en reste pas moins que le suspense et les sursauts de frayeurs sont quand même au rendez-vous, même aujourd’hui.

Si comme moi vous aimez passer un bon moment devant un vieux film d’horreur, alors je vous conseille vivement ce petit bijou de frayeur.

Lilith

Lilith c’est un être ambigu et aventurier qui aime explorer le cinéma dans toutes ses dimensions. Mais elle se définit principalement par son goût prononcé pour les films où l’absurdité et la folie sont de mise. En effet depuis l’adolescence elle entretient une admiration profonde pour l’univers de Terry Gilliam. Cela dit, elle se délecte aussi des films qui jouent sur un aspect psychologique. Une séance de cinéma est pour elle l’une des meilleure façon de voyager à travers les méandres de la pensée créatrice humaine.


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