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Interview David Macián

November 2, 2018
Cinespaña 2018

Bonjour David Macián ! Merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à nos questions pour l'Écran. Pourrais-tu d’abord présenter brièvement, pour nos lecteurs, ton cursus scolaire et professionnel ?

David Macián : Ma formation est plutôt inexistante à vrai dire ! J’ai tout de même suivi un an d’un cursus en école de cinéma pensée et créée pour les personnes qui travaillent et veulent découvrir le cinéma. Je n’avais pas, selon eux une approche assez professionnelle. Mais bon, ça m’a servi pour apprendre les bases et surtout pour me créer des contacts. À partir de là, j’ai commencé à creuser mon trou derrière la caméra et … Eh bien, à arriver jusqu’ici.



La Mano Invisible, ton premier film, est une adaptation d’un roman du même nom. Qu’est-ce qui t’a intéressé dans ce livre ? As-tu tout de suite pensé à une adaptation cinématographique quand tu l’as lu, ou c’est une envie qui t’est venue sur le tard ? As-tu eu des retours de l’auteur du livre ?

D.M. : Ce qui m’a intéressé, c’est ce que ce livre racontait, et comment il le racontait. J’ai adoré découvrir l'existence d’un livre où le travail est le personnage principal, et qui met en place un dispositif si efficace et original. À vrai dire, dès que j’ai lu ce livre, j’ai foncé sans trop réfléchir ! Je crois que je n’avais pas terminé de lire la première page quand j’ai senti qu’il y avait là-dedans bien plus qu’un livre. Quant à savoir ce que l’auteur du livre a pensé de mon film… Eh bien il faudrait le lui demander ! *rires* Mais de ce que je sais, je crois qu’il en a été très content. Non seulement avec le résultat artistique, mais aussi avec le mode de production coopérative que nous avons choisi.

Dans le film, chaque personnage à l’écran incarne un métier. Comment as-tu réalisé le casting afin de trouver des acteurs qui puissent aussi connaître ces professions manuelles ?

D.M. : Tous les acteurs sont professionnels et bien connus en Espagne. Mais pour le film ils ont dû apprendre le métier qu’ils incarnent. Pour moi c’était une chose fondamentale, j'accordais énormément d'importance à la véracité des comportements de leurs personnages, et les acteurs ont été d’accord pour jouer le jeu. Ça a été un réel plaisir de travailler avec eux.

Image de La Mano Invisible
Crédit photo © Site officiel La Mano Invisible


La Mano Invisible a été financé par une campagne de crowdfunding. Ce mode de financement a t-il été une manière pour toi de rester totalement libre et indépendant, ou plus un moyen de contrer le manque de financements dans l’industrie cinématographique ?

D.M. : Dans notre cas, c’était la seule et unique option à notre portée puisque jamais un film avec de telles caractéristiques, un tel propos et de tels enjeux n’aurait pu être produit d’une autre manière. Le revers agréable de la chose, c’est qu’en lançant la campagne nous avons pu fédérer une vraie communauté autour du film, lancer une jolie campagne de promotion sur les réseaux sociaux. Quand le film est sorti, de nombreuses personnes suivaient déjà le projet et sont allées voir le film.

Lors de ta visite à Toulouse, tu nous as dit que tu considérais le travail de cinéaste comme un travail comme un autre, avec son lot de labeur. Nous avons tous conscience que c’est un métier précaire. Arrives-tu à vivre de tes films aujourd’hui ? Quelle est ta vision de l’économie du cinéma en Espagne ?

D.M. : Non je ne vis pas de mes films, bien que j’aimerais beaucoup… Je suppose que pour vivre du cinéma il faudrait que je fasse d’autres types de film, mais je n’en ai pas envie. Je préfère continuer ainsi à produire ce type de cinéma, et à devoir faire parfois des “petits boulots” à côté moins intéressants et moins bien payés plutôt que de me mettre à faire des films qui n’auraient rien à voir avec moi. De toute manière, mon but est de réussir à réduire mes besoins de manière à ce que très peu d’argent me suffise à vivre. On verra bien si un jour j’y arrive ! Mais je suis loin d’être un cas isolé.

Il y a très peu de réalisateurs en Espagne qui vivent de cette profession. La grande majorité travaille en réalisant des films de commande pour l’enseignement ou pour la télévision.


La Mano Invisible est un film très politique. Pour toi, le cinéma est-il un art politique ? Comment perçois-tu tes œuvres : politiques, artistiques, ou les deux ?

D.M. :  Je crois que la vie entière est politique, et je crois que le cinéma ne fait pas exception, je dirais même au contraire puisque le cinéma a énormément d’influence sur la société. Je trouve que nous ne sommes pas assez vigilants avec le cinéma, parce qu’il a un grand pouvoir comme outil politique…

La Mano Invisible est ton premier long-métrage. Pour toi, quelles sont les différences fondamentales entres courts et longs ? Quel est ton format favori ?

D.M. : La principale différence, c’est le temps et l’argent ! Sinon, au niveau du processus, c’est pratiquement la même chose. En réalité je n’ai pas de format préféré, je trouve que chaque histoire a son tempo. Le mieux serait encore de ne pas faire de distinction entre les courts et longs, et que chacun soit considéré commes des films avant tout.

Quelles sont les influences esthétiques et thématiques de La Mano Invisible ? On voit beaucoup de Samuel Beckett, des théories marxistes dans le film… T’es-tu senti libre, ou au contraire enfermé par ces influences ?

D.M. : L’esthétique du film découle directement du théâtre. En ce sens je pourrais apparenter mon film à des films qui ont aussi cette influence, comme Dogville. Mais seulement en relation avec l’action principale du film, la pièce de théâtre, parce que sur le reste le film est plutôt naturaliste et je me rapprocherais plus peut-être d’autres films sociaux.

Au niveau thématique on pourrait mettre côte à côte d’autres films qui parlent du monde libéral, mais je n’ai aucun exemple récent en tête. J’aime beaucoup comparer mon film à On achève bien les Chevaux de Sydney Pollack parce que nos deux films parlent d’un spectacle terrible où est mise en scène la misère humaine. Quand à l’adaptation, la nouvelle de Isaac Rosa est brillante, pleine d’idées intéressantes, j’ai juste essayé d’être le plus respectueux possible lorsque j’ai écrit le scénario. Même si parfois j’ai incorporé des concepts nouveaux qui semblent plus cinématographiques. Ou au moins, j’ai essayé.

Pour toi, que signifie la fin du film, avec ce hangar vide et sinistre ? Est-ce une manière de dire que le travail n’a aucune signification ni valeur dans notre monde libéral, ou au contraire, un message d’espoir cherchant à faire table rase du passé pour un futur plus optimiste ?

D.M. : C’est une fin ouverte, les deux réponses sont donc bonnes. Pour moi c’est une manière de souligner que le concept de travail aujourd’hui est une chose vide de sens. Que nous devons tous nous concerter et nous interroger sur le sens que nous donnons à nos vies parce que nous ne pouvons pas passer tant d’heures, journées, semaines, à travailler pour quelque chose ou quelqu’un qui, dans la majeure partie des cas, ne nous satisfait pas un minimum.

Quelle est la suite de tes projets ?

D.M. : Eh bien, je termine de montrer en festival un court-métrage nommé Zero qui a beaucoup de connexions avec La Mano Invisible. C’est aussi un court qui parle de thématiques liées au travail, et est aussi basé sur un texte d’Isaac Rosa, Mensaje en una lata. Je suis aussi en phase de postproduction d’un court-métrage documentaire qui veut donner de la visibilité à une situation que vivent les employés de maison en Espagne. Comme vous pouvez le voir, je me spécialise un peu dans le ciné thématique lié au travail !

Merci beaucoup à David Macián d’avoir accepté si rapidement et gentiment de répondre à nos nombreuses questions !

Entretien mené par Stella et Dolores - Traduit de l’espagnol par Dolores

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