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La Rencontre : Kevin Païs

November 30, 2017
Interviews

Kevin Païs est scénariste et suiveur de projets d’écriture chez TAT Productions, le plus gros studio d’animation du Sud de la France. Le studio est principalement connu pour la célèbre série télévisée animée “les As de la Jungle”, désormais exportée dans plus de 200 pays. Le studio, fort de son expérience télévisuelle, a décidé de passer à la vitesse supérieure en sortant un film au cinéma tiré des “As de la Jungle” en juillet 2017. Un challenge de taille qui s’avère crucial pour le studio, car si le succès est au rendez-vous, trois autres long métrages verront le jour. À la veille de la sortie des “As de la Jungle : le film”, Kevin nous en dit plus sur les coulisses de cette production.

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Kevin Pais chez TAT Productions | Crédit photo © Kevin Païs 

Peux-tu nous expliquer rapidement ton parcours avant d’arriver chez TAT Productions ?

Kevin Païs : J’ai suivi un cursus universitaire en lettres classiques, avant d’intégrer le Master Métiers de l'Écriture du Mirail. C’est un master pro rare en France, puisqu’il n’existe que trois facultés qui proposent un cursus similaire. Il est basé sur le principe des “creative writing” des écoles américaines, où les ateliers d’écriture sont légion : on cherche à développer un aspect créatif, tout en donnant des bases solides et concrètes de métiers liés à l’écriture ( rédaction, traduction, animation … ) Ce master était encore jeune quand je l’ai intégré, mais il proposait des cours de scénarii, alors j’ai sauté sur l’occasion. Une de nos profs était scénariste chez TAT Productions, j’ai commencé à lui envoyer des propositions de pitchs. Durant notre deuxième année, nous avons 6 mois banalisés pour faire un stage, j’ai donc demandé un stage chez TAT. Cela a abouti à un CDD, et à mon post actuel d’intermittent du spectacle chez TAT. Ça fait maintenant deux ans que je bosse ici et je suis ravi !

Concrètement, en quoi consiste ton boulot ?

K.P. : Ça varie beaucoup. Lors de mon stage, j’ai fait beaucoup de suivi d’écriture : On fait du brainstorming sur des idées de scénarii qu’on réunit en petits pitchs qu’on transmet ensuite aux auteurs chargés de les transformer en idées exploitables pour un scénario. On se charge après de suivre l’évolution de leur création avec eux, d’en discuter entre nous, de réajuster s’il faut... Ça demande beaucoup de temps, de discussion et de concertation, mais les efforts en valent la peine. Toute la série des “As de la Jungle” a été écrite ainsi, et je pense que la qualité d’écriture se ressent dans notre humour vraiment à part. Je continue à faire du suivi d’écriture, mais je me suis diversifié : je suis aussi sur la gestion de produits dérivés. 

Il faut dire que maintenant, les “As de la Jungle” a une renommée mondiale et qu’il faut gérer cette image à l’internationale. Les Italiens sont particulièrement fans de nos goodies et on s’est retrouvé vraiment partout à une époque là-bas ! 

Enfin, je m’occupe aussi de la gestion avec les partenaires. Concrètement,  je prends des rendez-vous avec des partenaires commerciaux ou techniques, je m’occupe de gérer quelques newsletters et j’inscris TAT Productions à des concours dans des festivals de cinéma... Pour te dire, le premier jour de mon stage j’ai dû inscrire “les As de la Jungle” aux Emmy Awards... Emmy que l’on a d’ailleurs gagné pour la catégorie “meilleure série animée” !

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Maurice, le fameux pingouin tigre, a de quoi être fier !  | Crédit photo ©Allociné 

En juillet sort le premier long métrage de TAT, basé sur les « As de la Jungle ». Quel a été ton rôle au sein de cette production ?

K.P. : J’ai principalement fait du suivi de postproduction sur le mixage et le montage sonore. En gros, j’ai dû réserver les lieux d’enregistrement des sons, préparer les voyages et réserver les studios, le tout avec un budget imposé à ne surtout pas dépasser ! Les “As de la Jungle” a besoin d’une ambiance sonore particulière avec tous ces sons de nature, et le mixage est délicat car il faut que l’ambiance soit présente tout en laissant assez de place aux dialogues pour respirer. On a vraiment pris le temps de choisir d’excellents studios, et l’excellence ça se paie ! C’était un boulot très stressant, avec des deadlines dures à tenir, mais très enrichissant. En plus, j’ai dû jongler avec des créneaux de réservation très étroits pour les studios d’enregistrement, parce que notre phase de postproduction tombait en mai, en plein festival de Cannes. Tous les films présentés à Cannes devaient donc être finis à temps pour être présentés aux distributeurs, et les studios étaient pleins depuis des mois à l’avance ! J’ai heureusement réussi à trouver quelques créneaux libres pour finir notre film à temps.

Quels sont les enjeux de la sortie de ce film ?

K.P. : C’est un gros risque que prend TAT Productions, parce que la gestion de l’humour sur des épisodes de 20 minutes et sur un film de 1 heure et demie, ce n’est pas du tout la même chose ! En fait c’est un défi à toutes les échelles. Un défi d’écriture, parce qu’il faut garder le rythme et que ça reste drôle sans s'essouffler. Un défi d’animation, parce que les équipes d’animation ont vraiment dépassé leurs compétences pour offrir le maximum possible, et très honnêtement, le résultat dépasse même nos espérances ! Un défi financier aussi, parce que le studio a investi beaucoup d’argent dans ce premier film. Si les entrées font un flop ça pourrait mettre à mal tous les projets futurs du studio, notamment les prochains longs métrages qu’on souhaite réaliser. Mais honnêtement, si TAT n’y croyait pas, il n’y aurait pas eu autant d’investissement de temps, d’amour et d’argent dans le projet. Je ne vois franchement pas comment ça pourrait se planter !

 

Tu es fier d’avoir participé à la production de ce film ?

K.P. : Et pas qu’un peu ! Je trouve que le travail qui a été fourni, particulièrement visuellement, est époustouflant. C’est vraiment du très haut de gamme, surtout compte tenu des budgets relativement restreints pour le cinéma d’animation en France. L’écriture est amusante, c’est une super comédie familiale, pleine d’humour et d’action. Ce qui m’amuse le plus, ce sont les références aux films des années 80/90 qui sont glissées un peu partout : Mission Impossible, Goldorak, Rocky... Chez TAT, on arrive à retranscrire ces influences pour glisser des petits clins d’oeil nostalgiques à nos spectateurs adultes.On a intérêt à réviser nos classiques pour être dans le coup ici !

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Les affiches, pleines d’humour référencé, sont à l’image de l’humour du film. | Crédit photo ©Allociné 

Tu écris des choses en dehors de ton boulot chez TAT  ?

Mon envie principale est toujours d’être scénariste alors j’écris, même si je n’ai pas beaucoup de temps. 

K.P. : J’aimerais beaucoup pouvoir produire mes propres courts métrages ou bosser pour la télévision, le rêve serait bien sûr d’être scénariste cinéma mais je ne me fais pas d’illusions : en France, c’est très difficile d’accès. J’écris aussi de la fiction, et plus particulièrement des nouvelles, dont je ne sais pas trop quoi faire pour le moment. J’essaie de les regrouper en un petit recueil mais je pense que ça manque de maturité. J’écris aussi des pitchs pour des séries télés, et je suis aussi sur un projet de roman depuis 6/8 mois. J’ai eu l’occasion d’écrire des scénario pour la saison 2 des As de la Jungle et j’espère pouvoir recommencer parce que j’étais vraiment dans mon élément.

Qu’est ce que tu penses du cinéma d’animation en France ?

K.P. : On a des très bon foyers d’animateurs et de scénaristes, notamment parce que nos écoles sont parmi les meilleures au monde, tant en terme d’enseignements qu’en terme de matériel mis à disposition des élèves pour expérimenter. Mais beaucoup d’étudiants partent à l’étranger à la fin de leur diplôme, ce qui fait que le talent à tendance à se délocaliser. Quand on voit qu’au festival d’Annecy les studios comme Pixar ou Dreamworks font la queue pour venir directement recruter les étudiants Français après leur diplôme, ça fait un peu mal au cœur. C’est pour ça qu’on a aussi envie de se démarquer chez TAT, pour prouver que le talent peut rester en France, et ailleurs qu’à Paris. On espère créer une émulation en fait, et donner l’impulsion pour que d’autres studios français puissent perdurer. D’ailleurs au début on avait du mal à faire bouger les Parisiens jusqu’à Toulouse, mais on est devenu très attractifs depuis. C’est une vraie volonté de rester en dehors de la capitale, pour “régionaliser” les talents. Et la success story de TAT prouve que c’est possible : les choses changent, les mentalités aussi, et heureusement !

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Selon Jean-François Tosti, le créateur de la série, un “cap visuel” a été franchi avec ce nouveau film. | Crédit photo ©Allociné 

Dolores

Dolores a un sale caractère mais elle se soigne. (Ou pas). Accro au cinéma depuis que The Wall lui a fait ouvrir les yeux sur cet art, elle engloutit depuis tout film qui passe à sa portée du plus insipide navet au plus grand chef d’oeuvre. Elle est aussi membre du fan club officiel des groupies de Park Chan-wook, de la secte des adorateurs de canards et collectionne les cartes Pokémon. Ne lui dites jamais que La Momie et Le Retour de la Momie sont des mauvais films, vont n’en ressortirez pas indemnes.

Elle est aussi Youtubeuse, photographe, dessinatrice et rédactrice pour TOP 250. Pour suivre ce joyeux bordel, c’est par ici :

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