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Only Lovers Left Alive

November 14, 2017
Critiques

Dans une période encore trop victime de la saga Twilight, Only lovers left alive (2013) donne envie de se plonger à nouveau dans le monde passionnant et mystique des vampires !

Adam et Eve, un couple de vampires âgés de plusieurs siècles, vivent de façon recluse, chacun dans un coin du monde. Adam, musicien torturé, passe son temps chez lui, à Détroit, sans autre compagnie que celle de ses instruments de musique et de son matériel d’enregistrement. Fatigué par son immortalité et par le monde qui l’entoure, il songe à mettre fin à sa « vie » lorsqu’il reçoit un appel Skype de sa femme Eve qui, face à la dépression de son mari, quitte Tanger pour le rejoindre.

 

Passé et présent entremêlés

Jim Jarmusch, le réalisateur, réussit avec brio à capturer la nature captivante des vampires. Par une photographie aux couleurs sombres bleues et vertes, et une bande-son qui rassemble d’excellents titres et du luth, on est transporté comme dans un rêve. Regarder ce film est d’une aisance et d’un agréable indéniables. La photographie et la musique contribuent à nous amener dans un autre univers tout en ancrant les personnages dans le monde actuel : on y visite les villes de Détroit et Tanger, et on retrouve de nombreuses références musicales.

À travers cette œuvre, Jim Jarmusch rassemble poésie, musique, littérature et arts visuels, modernes et anciens. De cette façon, il joue sur l’intemporalité et l’immortalité de nos deux vampires qui traversent les âges et les évolutions, à la fois spirituelles à titre individuel et sociétales à titre collectif. La musique de Jozef Van Wissem et la présence du luth ramènent au Moyen-Âge, au baroque et à la Renaissance et de fait, à la maturité et l’âge vieillissant des personnages d’Adam et Eve. En revanche, le choix d’une bande-son composée de titres tels que Yasmine Hamdan, Black Rebel Motorcycle Club, White Hills, alternant blues, jazz, électro, hip-hop et rock, dynamisent et ancrent dans un présent plus ou moins relatif, mais un présent tout de même.

 

Fini les vampires « kitsch »

En donnant une place très réduite à l’aspect « buveur de sang » et « vampire + humaine = true love », Jim Jarmusch leur donne un côté très réel. Finalement, on finit par se demander si nous aussi, qui pouvons rêver de temps à autre à une vie éternelle (pour ma part, une vie ne me suffira pas pour réussir à regarder toute ma liste de films et séries à voir !), on ne deviendrait pas fou d’ennui à s’encroûter dans notre grande connaissance du monde et à se fermer aux autres. Et est-ce que ce ne serait pas ça la réelle question d’une vie de vampire ?

Le personnage d’Adam est très cultivé au niveau artistique et par son grand âge a fini dégoûté de la nature humaine. En tant que vampire, il a vécu bien trop d’années, enregistré trop de connaissances et vu beaucoup trop du monde. Il se sent aussi supérieur à la race humaine et ne voit plus l’intérêt de continuer sur cette Terre. Et en bon musicien torturé, il est entouré de milliers d’instruments, a rencontré des grands noms du monde de la musique, et se nourrit de sa dépression pour composer. On retrouve chez lui la splendeur de l’âme torturée qui ne se retrouve pas dans le monde dans lequel elle vit. Une magnificence déprimante devenue cynique par le manque de beauté et d’humanité de la société et surtout, des individus.

‍Crédit photo © IMDB

La beauté spirituelle

Il en ressort également une beauté incroyable. Et ça, c’est un des codes du film de vampires qu’on retrouve la plupart du temps et qui revient ici aussi. Et c’est une bonne chose : Tom Hiddleston (Adam) et Tilda Swinton (Eve) sont non seulement d’une beauté froide renversante mais là, c’est aussi leur spiritualité qui marque. Ils sont cultivés et ils s’intéressent à tout. Ils sont philosophes et représentent une forme de sagesse. Probablement ce qui va de pair avec une traversée des âges !

L’utilisation des prénoms Adam et Eve n’est pas anodine et on ne peut pas s’empêcher de faire un parallèle avec les personnages bibliques. En choisissant d’associer ces prénoms à deux personnages dont la naissance remonte à des périodes probablement ancestrales et qui ont traversé le temps et ses évolutions, Jim Jarmusch n’a-t-il pas voulu leur donner une dimension divine, tout comme la sagesse qu’ils transportent, en faisant d’eux des experts de la nature humaine ?

Bien que ce film ne soit pas considéré comme une comédie, il ressort un décalage entre les vampires que sont Adam et Eve et le monde dans lequel ils vivent, créateur de comique de situations. Et ça fonctionne ! Ce film ne dure que deux heures mais j’aurais facilement pu en regarder deux de plus. Jim Jarmusch a réussi à créer une atmosphère, un monde et des personnages dont on veut en savoir plus et dont on ne veut pas se séparer. En tout cas, j’ai ressenti une vive tristesse quand la fin du film est arrivée. En seulement deux heures, le réalisateur a réussi à me rendre amoureuse de ses personnages.

Capture d'écran
Fox

Quelques mots sur Fox : Non, elle n’a rien d’un renard, pas même les moustaches ! En revanche, elle a un petit penchant pour le cinéma américain (mais pas nécessairement les grosses productions qui ne cherchent qu’à faire du profit !). Pour elle, se plonger dans un film c’est s’évader mais aussi interroger le monde qui nous entoure et se questionner soi-même.

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