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Les morts ne veulent pas nager

April 10, 2019
Cinélatino 2019

Sur les bords de l’Amazonie péruvienne, le portrait de deux familles, deux existences au gré d’une nouvelle forme de colonisation occidentale, des combats des communautés autochtones pour l’obtention de territoires, des catastrophes écologiques, mais aussi des légendes qui peuplent le quotidien.


Le titre de ce documentaire a de quoi intriguer. Qui sont ces morts, et s'ils ne nagent pas, que font-ils ? Sont-ils des victimes des crues terribles de l'Amazone, où le film a été tourné, et qui chaque année engloutissent les maisons des zones basses ? Ou s'agit-il des êtres sans vie des légendes du peuple autochtone Kukama qui hantent les confluents du fleuve ? Le film de Brigitte Bousquet et Marco Bentz est en réalité un mélange envoûtant de tout cela. Portrait de deux familles autochtones, entre réalité et fiction, cette œuvre onirique et poignante possède aussi ses zones d'ombre.



La séquence d'ouverture, incroyablement immersive, nous plonge dans l'univers flottant de sons et de couleurs du film. La caméra, sur un bateau sillonnant l’Amazone, glisse sur les silhouettes des membres de l'équipage qui se découpent sur l'horizon bleuté, et le ronronnement du moteur nous berce. On ne sait pas où le bateau va, mais on le suit. Le film recrée ainsi des univers sonores et visuels et nous y plonge, sans forcément nous donner les clés de compréhension de toutes les situations.

En effet, le duo de réalisateurs laisse dans le film une grande part d'interprétation, en y intégrant de la fiction. Certaines séquences prennent la forme d'une étrange pièce de théâtre sur le fleuve de l'Amazone, jouée par des membres de la communauté Kukama et nourrie de leur folklore, où les récits animistes se mêlent à des influences évangélistes (la vierge Marie côtoie des esprits locaux), créant pour nous une ambiance d'inquiétante familiarité. La pièce raconte la lente agonie d'un conquistador criblé de flèches par les indigènes et sa transformation en esprit au fur et à mesure qu'il s'enfonce dans les confluents du fleuve.

Le conquistador aux allures de fantôme © Marco Bentz

L'ambiance de ces séquences, rendue étrange et flottante par le jeu habité du conquistador, est particulièrement réussie et se fond naturellement avec des moments plus réalistes du film, si bien qu'on se situe toujours à la frontière du documentaire et de la fiction. Pour les réalisateurs Brigitte Bousquet et Marco Bentz, c'est une manière de représenter l'univers du peuple Kukama, où les légendes imprègnent la réalité, et vice versa.

Au-delà de ces moments imaginaires, le film comporte aussi des témoignages très concrets du quotidien des communautés autochtones. On y suit particulièrement deux personnes, un jeune homme et une mère de famille, l'un porte-parole engagé à défendre les droits de son clan et l'autre mère de famille indépendante contrainte de déménager lors de crues annuelles particulièrement fortes. Une grande variété de problématiques sont abordées : non-reconnaissance des droits des territoires des populations autochtones, désastres écologiques, toute-puissance des multinationales pétrolières, répression de la culture autochtone… C'est que le film est le fruit d'une aventure de deux ans passés avec ces communautés, et les quelques 120 heures de rushes ont nécessité trois ans de montage. Si le film ouvre de nombreux horizons et pose de nombreuses questions, il peut donc aussi désorienter le spectateur qui y chercherait un fil conducteur. Cette perte de repères rend néanmoins compte de l'expérience de tournage, périple qui s'est fait au gré des hasards et des rencontres, et que les réalisateurs nous ont raconté lors de leur passage à Toulouse pour Cinélatino.

© L'écran

Au final, Les morts ne veulent pas nager est une œuvre impactante, où la caméra et les micros captent avec une grande précision les regards, jeux, colères, espoirs et rires de ces habitants. Le manque de contexte fait que l'on se perd parfois dans un flottement onirique, sans totalement saisir ce que l'on voit. Les thématiques que le film soulève sont néanmoins passionnantes, et on aimerait en savoir plus sur la vie des ces communautés. À quand une suite ?


Stella

Stella garde depuis ses 14 ans tous ses tickets de cinéma dans un vieil étui à lunettes, et elle y tient comme à la prunelle de ses yeux. Pleine de contradictions, elle déteste quand les gens parlent pendant les films, mais elle aime bien faire des commentaires de temps en temps.

Au cinéma, elle adore se faire surprendre, comme quand un film mixe des genres dépareillés façon Cowboys & Envahisseurs, ou qu'un personnage pète un plomb et décide d'écarter les bords de l'écran (concept inventé par un certain Mr. Dolan).

Quand elle sera plus grande, elle hésite entre faire des films, jouer dans un groupe de rock ou ouvrir une boutique de Cupcakes, mais rester étudiante à vie serait pas mal aussi (pour les réductions au Gaumont).

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