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Mauvais Genre : Partie 1

May 14, 2018
Chroniques

Si le cinéma peut se vivre comme un plaisir solitaire, il est aussi extrêmement agréable à consommer en bonne compagnie. C’est le propre des buddy movies de réunir devant l’écran.

PARTIE 1 : Leader of the Pack

Le Buddy movie est un genre de films qui affiche à l’écran ce que son spectateur pratique en le regardant : une bonne grosse marrade avec une bande de potes (qui comme le dit la chanson peut être composée d’un seul et unique membre).

En effet, le terme buddy signifie « ami » en argot américain. Le buddy movie est généralement basé sur une histoire réunissant deux personnages qui devront travailler en équipe pour se sortir de leurs problèmes. À savoir très souvent une armée de méchants armés qui souhaite les éliminer. Les caractères de nos deux compagnons se doivent également d’être opposés afin de montrer à quel point la différence peut être un bienfait (le buddy movie reste un genre essentiellement américain de la période guerre froide).

On trouve dans sa forme première des films comme Rio Bravo (1959), El Dorado (1966)  réalisés par Howard Hawks ou L’homme qui tua Liberty Valance (1962) de John Ford : trois westerns avec John Wayne associé à Ricky Nelson et Dean Martin pour Rio Bravo, James Caan et Robert Mitchum pour El Dorado et James Stewart pour Liberty. Dans les deux premiers, Hawks réutilise un canevas de stéréotypes et de situations qui annonce l’interchangeabilité des scénarios futurs du genre balbutiant ( John Carpenter fera d’ailleurs un remake/variation de Rio Bravo avec son deuxième long métrage en 1976 Assault on precinct 13, lui-même remaké en 2005 par Jean-François Richet, le réalisateur du diptyque Mesrine avec Vincent Cassel).

Rio Bravo
Des hommes, des flingues, une pin-up : what else ? | Crédit photo  © Warner Bros industry

El dorado
Crédit photo ‍© 1966 - Paramount Pictures

John Wayne incarne un shérif intègre qui doit lutter contre la corruption et l’impunité du plus gros propriétaire terrien de la région. Il est assisté de son meilleur ami alcoolique (Martin/Mitchum), d’un jeune pistolero habile mais arrogant (Nelson/Caan) et d’un old timer qui apporte un côté bouffon à l’ambiance qui peut parfois être pesante. Ayant arrêté le frère du propriétaire et tenant une chance de le faire tomber auprès de la justice pour escroquerie, meurtre et divers crimes, il se barricade dans la prison avec son équipe afin de survivre à l’assaut des hommes de main du rancher. Mais ces derniers réussissent à enlever un des adjoints. Il est alors obligé de procéder à un échange dans un endroit isolé qui deviendra le théâtre d’une fusillade monumentale (avec explosion de dynamite, prémices des futurs climax du cinéma d’action).

The man who shot liberty valance
La réunion de deux stars sous la direction d'un réalisateur respecté : un argument devenu aujourd'hui courant | Crédit photo © IMDB

Dans Liberty Valance, James Stewart est un avocat idéaliste qui se retrouve confronté à la rude vie de l’ouest américain où la seule loi est celle de la force et des revolvers. Confronté à un Lee Marvin psychopathe, il se lie d’amitié avec John Wayne qui y incarne un cow-boy solide et intègre mais capable de tuer de sang froid quand il le faut. Leur amitié se construit aussi via une rivalité amoureuse envers la jeune fille qui héberge Stewart et à qui il apprend à lire (un vrai buddy partage tout, même les femmes). Outre la formidable déconstruction du mythe de l’ouest orchestré par Ford, le film est un excellent standard de l’amitié virile cinématographique. On trouve là le point de départ de bon nombre d’histoire qui, une fois passé à la moulinette des années 80 deviendront les classiques des films d’actions.

The Watcher

Du haut de son perchoir, le Watcher observe longuement la foule de divertissement qui s’offre à nos yeux telle l’amante alanguie par l’attente et l’insatisfaction d’un désir insatiable. Certains le traiteront de vieux jeu, de rétro, d’autres de classique voire même d’anachronique. Beaucoup ignorent son existence mais aucun ne peut l’ignorer lui. Son regard flamboyant est au-delà de la perception humaine : le support importe peu, rien ne peut lui échapper. Il suit attentivement l’évolution du cinéma américain actuel sans se laisser obnubiler par l’apparente nouveauté de la technologie. Il a été entraîné par les meilleurs : Chaplin, Hawks, Ford, Huston, Cagney, Bogart, Wayne, Leone, Eastwood, Kubrick, Les vrais frères Scott (Tony et Ridley), Scorsese, Coppola, De Palma, Pacino, De Niro, Stallone, Schwarzenegger, Willis, Mann, Woo, O. Russell, Nolan … La liste est longue et pratiquement interminable. Le savoir est son arme et avec lui, l’escalade est sans fin. Il relie les films, les livres et les jeux dans une toile infinie d’influence et d’inspiration. Dieu seul sait ce qu’il adviendra lorsque tout ceci éclatera. Mais comme a dit de lui un homme une fois, accoudé au comptoir d’un bar d’un Bowling quelconque : The Watcher abides. I don't know about you but I take comfort in that. It's good knowin' he's out there. The Watcher. Takin' 'er easy for all us sinners.

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