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Mauvais Genre : Partie 3

November 11, 2018
Chroniques

Si le cinéma peut se vivre comme un plaisir solitaire, il est aussi extrêmement agréable à consommer en bonne compagnie. C’est le propre des buddy movies de réunir devant l’écran.

Bien que le genre semble être exclusivement américain, la France a su intégrer le buddy movie dans son paysage audiovisuel par le biais de comédies avec des films comme Ne nous fâchons pas en 1966 avec Lino Ventura et Jean Lefebvre et L'Emmerdeur avec toujours Lino Ventura et Jacques Brel cette fois, La chèvre en 1981 et Les compères en 1983 ainsi que Les fugitifs en 1986 avec Gérard Depardieu et Pierre Richard .

Dans ces cinq films on retrouve dans le scénario la dualité entre les deux protagonistes : Ventura est un truand respecté ou un tueur efficace qui se retrouve avec un bookmaker minable ou un représentant de commerce maladroit et suicidaire dans les pattes, Depardieu un gars costaud et courageux, amateur de bourre-pifs, qui se coltine un Richard burlesque à souhait en timide maladroit et malchanceux. Si Ne nous fâchons pas est scénarisé par Michel Audiard, formidable dialoguiste, les quatre autres les sont par Francis Veber, auteur de comédies et inventeur du personnage de François Pignon, personnification de l’élément perturbateur dans tous ses scénarios.

À savoir que des équivalents d’Expandables (casting de stars, grosse production, équipe ou bande au lieu du duo) furent réalisés très tôt : Les Tontons Flingueurs de Georges Lautner (également réalisateur de Ne nous fâchons pas) et écrit par Audiard en 1963, Les Barbouze en 1964 par et avec la même équipe et le cultissime L’aventure c’est l’aventure de Claude Lelouch en 1972 avec toujours Lino Ventura et Jacques Brel (le buddy movie étant décidément un genre à cercle restreint) mais également Aldo Maccione, Charles Denner et Charles Gérard (des grands habitués des seconds rôles dans le cinéma français et des vraies tronches reconnaissables).

Les Spécialistes - Leconte
On retrouve tous les codes promotionnels des films d'aventure/action/buddy movie dans cette affiche, les armes en moins (les substituts phalliques passent mal en France) | Crédit photo © IMDB

On notera dans la production française le film de Patrice Leconte Les Spécialistes en 1985 avec les belles gueules aventuriers Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau. Ici ce sont deux truands qui s’enfuient ensemble mais l’un d’eux se trouve être un flic infiltré. Avec des scènes d’action assez efficaces (bien que le film ait vieilli), on retiendra surtout les prestations des deux comédiens qui représentaient alors un renouveau bienvenu des acteurs stars en France alors complètement trustée par Alain Delon et Jean Paul Belmondo depuis plus de 10 ans qui eux même se sont retrouvés dans un proto buddy movie français Borsalino en 1970 par Jacques Deray.

Le Buddy movie possède son pendant féminin qui est le chick flick (le « truc de gonzesse » en argot américain). Mais ce sera pour une prochaine fois.

The Watcher

Du haut de son perchoir, le Watcher observe longuement la foule de divertissement qui s’offre à nos yeux telle l’amante alanguie par l’attente et l’insatisfaction d’un désir insatiable. Certains le traiteront de vieux jeu, de rétro, d’autres de classique voire même d’anachronique. Beaucoup ignorent son existence mais aucun ne peut l’ignorer lui. Son regard flamboyant est au-delà de la perception humaine : le support importe peu, rien ne peut lui échapper. Il suit attentivement l’évolution du cinéma américain actuel sans se laisser obnubiler par l’apparente nouveauté de la technologie. Il a été entraîné par les meilleurs : Chaplin, Hawks, Ford, Huston, Cagney, Bogart, Wayne, Leone, Eastwood, Kubrick, Les vrais frères Scott (Tony et Ridley), Scorsese, Coppola, De Palma, Pacino, De Niro, Stallone, Schwarzenegger, Willis, Mann, Woo, O. Russell, Nolan … La liste est longue et pratiquement interminable. Le savoir est son arme et avec lui, l’escalade est sans fin. Il relie les films, les livres et les jeux dans une toile infinie d’influence et d’inspiration. Dieu seul sait ce qu’il adviendra lorsque tout ceci éclatera. Mais comme a dit de lui un homme une fois, accoudé au comptoir d’un bar d’un Bowling quelconque : The Watcher abides. I don't know about you but I take comfort in that. It's good knowin' he's out there. The Watcher. Takin' 'er easy for all us sinners.

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