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Microhabitat - Jeon Go-woon (Corée, 2018)

February 11, 2019
Chroniques

Peut-être êtes-vous passés à côté de ce film que votre Doc du plat pays a découvert lors du Festival du Film Coréen de Bruxelles. En fait, il y a de grandes chances que vous soyiez complètement passés à côté au vu de la très faible - voire inexistante - diffusion dans les salles françaises.

Microhabitat affiche
Affiche coréenne du film | © IMDB

Microhabitat raconte l’histoire de Mi-so, 31 ans, qui a trois plaisirs dans la vie : fumer, boire du whisky et passer du bon temps avec son petit ami. Vivant de ménages chez des particuliers, Mi-so ne roule pas sur l’or et se retrouve bien démunie le jour où le prix des cigarettes et celui du loyer augmentent. Refusant de renoncer à ses seuls plaisirs, elle décide, du jour au lendemain, d’abandonner son logement pour squatter chez ses anciennes ami.e.s de fac, réparti.e.s au quatre coins de Séoul.

Microhabitat
Mi-So et son amie, visiblement très dévouée à son travail | © IMDB

Bien qu’ayant des aspect comiques, le film est à l’image de la vie de ses protagonistes : dur et cruel. Il est difficile de ne pas ressentir la colère de sa réalisatrice face à ses compatriotes : là où Mi-so, figure banale de la travailleuse précaire, conserve au mieux un optimisme naïf, au pire une nonchalance face à l’adversité, ses anciennes condisciples d’université nagent dans l’amertume, l’inconscience ou le mind control. De l’enfant surprotégé par des parents (très) envahissants, de la mère parfaite emprisonnée dans son rôle d’employée modèle mais complètement droguée pour tenir le rythme, en passant par l’épouse étouffée par sa belle-famille (et sa vie en général), la réalisatrice ne rate pas une occasion pour se moquer des travers de la vie de ses contemporains. Et ne parlons pas du petit ami de Mi-so, étudiant brillant mais contraint de quitter le pays pour les Émirats arabes afin de gagner de quoi rembourser son prêt étudiant et qui promet à Mi-so de revenir, dans trois ans, pour l’épouser…

Mi-So et son petit ami, essayant de se faire un peu d'argent | © IMDB

Il n’y a guère que Mi-so qui, malgré sa situation, est à peu près heureuse ou du moins vit en accord avec elle-même.

Si le film ne se présente pas comme étant ouvertement féministe, difficile de ne pas y voir une attaque en règle contre les carcans qui pèsent sur les femmes. Toutefois, si les protagonistes sont malheureuses, elles ne sont pas forcément des “victimes”. Le film montre des femmes dont les obligations sociales ont été si intégrées qu’elles sont devenues évidentes, et peu d’entre elles tentent vraiment de les remettre en question. La dernière amie chez qui atterrit Mi-so la jettera dehors, après que Mi-so aura tourné en dérision les frasques adolescentes de son amie, devant son mari. Terrifiée à l’idée de perdre son statut d’épouse idéale, elle préfèrera se débarrasser de Mi-so sans ménagement et avec beaucoup de mépris. La classe dépassera toujours le genre…

Deux salles, deux ambiances | © IMDB


Toutefois, le véritable thème du film est l’enfermement : tous les personnages sont enfermés dans leurs situations sociales et financières et il n’y a guère que Mi-so qui, en quittant son appartement, est véritablement libre. Elle ne vit que pour ses plaisirs, aussi coupables soient-ils (boire, fumer et s’envoyer en l’air, quand elle le peut). Et les tentatives moralisatrices de ces ami.e.s n’y changeront rien. Mi-so en devient presque irréelle, elle est un prétexte pour nous montrer la tristesse de la vraie vie.  

Du whisky et des clopes, le reste n'importe plus | © IMDB


Microhabitat est un film tranquillement militant, violent et acerbe dans sa critique, doux et léger dans sa réalisation. La vie quotidienne y est décrite simplement, sans grandiloquence, mais dans toute sa violence. On ne pardonne pas aux pauvres, surtout quand ces derniers s’en moquent.


Bonus, un entretien avec la réalisatrice sur Cinésérie : https://www.cineserie.com/news/people/interviews/microhabitat-entretien-avec-la-realisatrice-jeon-go-woon-2110275/


Doc Aeryn

Toulousaine d'adoption expatriée dans le plat pays, le doc - qui n'en est pas encore un - a pris sa première claque ciné devant Il Divo. Elle révère l'expressionisme alllemand, Pedro Almodovar, Wes Anderson et Melissa Macarthy (oui, elle est ecclectique). Son cinéma favori est outrancier dans ses effets et sa réal, acerbe dans sa critique et son sujet. Friande de découvertes, elle ne rechigne jamais à voir un film (sauf les films d'horreur, car c'est aussi une petite nature).

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