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Mission Impossible 1 : L’espion qui me manquait

November 26, 2018
Chroniques

Suite à la publication de la chronique sur Mission Impossible 6 : Rogue Nation dans notre magazine de novembre 2018, voici le dossier annoncé sur la saga Mission Impossible présenté par The Watcher et Doc Aeryn.


Redécouvrir Mission Impossible 1 vingt-deux ans après sa sortie c’est prendre une énorme claque. Déjà, parce que certains chroniqueurs de l'Écran sont nés après la sortie du film, ce qui ne rajeunit pas les auteurs de cette chronique (surtout un qui le matait en VHS enfant), et ensuite parce que, malgré l'évolution de la franchise après deux décennies, il reste encore aujourd’hui un véritable bijou d’équilibre entre grand spectacle et film d’auteur .


Si pour l’une, la romance avec la franchise avait pourtant mal commencé avec un visionnage douloureux de MI-3 et sur grand écran s’il vous plaît, pour l’autre, ce fut l’épisode de trop qui l’éloigna de la franchise.


Au milieu des années nonante, la MGM est enfermée dans un scandale financier qui bloque la production des James Bond et la fin de la guerre froide a fait perdre tout intérêt pour le genre du film d’espionnage. Et pourtant, qu’on se le dise, MI-1 est un vrai film d’espionnage, s’inspirant à la fois de la série originale, énorme classique de la télévision américaine des années 60 de 7 saisons et un spin-off 20 ans après, mais également de classiques du genre.


Peter Graves, Peter Lupus et Greg Morris
Peter Graves, Peter Lupus et Greg Morris dans Mission Impossible, 1966  | © IMDB


Le scénario de David Koepp (scénariste de Jurassic Park, Le monde Perdu, La Guerre des Mondes et Indiana Jones et le crâne de Cristal pour Steven Spielberg et de L’impasse et Snake Eyes pour De Palma), retouché par Robert Towne (scénariste des derniers grands succès de Cruise à l’époque Jours de Tonnerre, La Firme mais surtout de Bonnie & Clyde, Chinatown, La dernière Corvée), convoque le cynisme et la désillusion de John Le Carré (La Taupe, 2011, Un homme très recherché, 2014…) et la froideur de Hitchcock, quasi-inventeur du film d’espionnage avec 4 films entre 1934 et 1938 et maître absolu de De Palma. Le cœur du film se joue dans la manipulation - magnifiquement mise en scène par le choix de cadre de Brian De Palma - et donc dans les dialogues, en rupture avec l’image que l’on a aujourd’hui des Mission Impossible, plutôt orientés film d’action et se détachant du côté fondamentalement humain des personnages. Ethan Hunt n’est pas encore le héros qu’il est amené à devenir mais un agent parmi d’autres sur qui tout reposera lorsque son équipe se fera descendre dans l’introduction magistrale à Prague.


Le scénario du premier opus s’ancre dans la mythologie de la série originale de 1966. Le film s’ouvre ainsi sur une opération menée par Jim Phelps, chef de l’équipe Mission Impossible - le même Phelps de la série, interprété par Jon Voight dans le film - visant à neutraliser un espion ennemi s'apprêtant à voler une liste d’agents infiltrés en Europe centrale pour la revendre au plus offrant. L’opération tourne court et l’ensemble de l’équipe d’intervention de l’IMF est tué, à l’exception d’Ethan Hunt (Tom Cruise, producteur du film et qui souhaite avoir sa franchise à lui qui lui assurera la postérité et le succès sur le long terme), désormais en chasse pour découvrir la vérité sur la mort de ses collègues. Accusé par son supérieur d’être une taupe et d’avoir causé la mort de son équipe, Hunt passe du chasseur à la proie…


La taupe est en réalité Jim Phelps lui-même qui, excédé par la vacuité de son œuvre et la perfidie du monde, se retourne contre l’IMF et tente de revendre à son profit la liste des agents, avec l’aide de sa femme Claire (Emmanuelle Béart) et de son homme de main, Franz Krieger (Jean Reno). Fun fact, c’est précisément pour cette raison que Peter Graves - le Jim Phelps original - refusa de reprendre son rôle, n’admettant pas que son personnage puisse trahir son pays. C’est pourtant un coup de maître scénaristique et commercial puisque cela permet de placer Tom Cruise comme nouvelle égérie de la marque Mission Impossible et à Brian De Palma de “tuer” l’héritage de la série et d’être libre de la direction qu’il souhaite prendre ().


Scene de MIE
Quelqu’un ment dans cette scène, saurez-vous deviner lequel ? | © IMDB



C’est surtout dans ce premier opus que seront posés tous les gimmicks des films, tous repris de façon plus ou moins parodique dans les films suivants. Revoir MI-1, c’est aussi voir ce qu’est un univers cinématographique cohérent. Bien que l’on ait très vite perdu l'aspect espionnage réaliste dans les suites, beaucoup d’éléments cinématographiques font toujours partie du cahier des charges de la franchise. Fun fact 2, c’est lors de la scène du restaurant que De Palma convaincra Cruise de réaliser lui-même ses cascades, argument commercial et artistique devenu l’exigence absolue de l’acteur pour tous ses projets futurs.


Tom Cruise dans MIE
Bonjour, je suis un gimmick. | © IMDB


MI-1 est à la fois un blockbuster et un film d’auteur, le genre de films qu’on a plutôt tendance à opposer, privant les amateurs de l’un du génie de l’autre, et inversement. Pourtant ce Mission Impossible n’a rien d’inaccessible malgré un scénario un peu alambiqué, surtout si l’on n’est pas habitué aux films d’espionnage. Par ailleurs, la réalisation en dit beaucoup sur la psychologie des personnages, ce qui plaira à l’œil attentif des cinéphiles et facilitera la compréhension de l’intrigue. Mais au-delà de la complexité du scénario, le film est plaisant à regarder (les fonds verts n’ont pas vieilli), rythmé et franchement jouissif dans son enchaînement. Le casting, Cruise et Voight en tête, est d’une impeccable sobriété qui manque à beaucoup de blockbusters d’aujourd’hui. On notera toutefois le guest intriguant de Vanessa Redgrave dans un rôle de trafiquant d’armes international qui lui fut offert grâce à son amitié avec Tom Cruise et l'admiration que lui vouait Brian De Palma.  


Danny Elfman, dont la décennie 90 assurera la place dans les compositeurs d’importance, réinterprète avec brio le célèbre thème de Lalo Schiffrin, immense compositeur des 70’s dont Bullit, la saga des Inspecteur Harry et les séries télévisées Mission Impossible, La Planète des Singes et Starsky & Hutch constituent les travaux les plus célèbres.


Mission : Impossible est un film qui doit être revu tant par les fans de la saga et de Tom Cruise comme l’origine de la franchise que par les amateurs de suspense et thrillers d’espionnage qui n’adhèrent pas aux sempiternels enchaînements poursuite/combat/révélation/fuite des films post Jason Bourne.

The Watcher

Du haut de son perchoir, le Watcher observe longuement la foule de divertissement qui s’offre à nos yeux telle l’amante alanguie par l’attente et l’insatisfaction d’un désir insatiable. Certains le traiteront de vieux jeu, de rétro, d’autres de classique voire même d’anachronique. Beaucoup ignorent son existence mais aucun ne peut l’ignorer lui. Son regard flamboyant est au-delà de la perception humaine : le support importe peu, rien ne peut lui échapper. Il suit attentivement l’évolution du cinéma américain actuel sans se laisser obnubiler par l’apparente nouveauté de la technologie. Il a été entraîné par les meilleurs : Chaplin, Hawks, Ford, Huston, Cagney, Bogart, Wayne, Leone, Eastwood, Kubrick, Les vrais frères Scott (Tony et Ridley), Scorsese, Coppola, De Palma, Pacino, De Niro, Stallone, Schwarzenegger, Willis, Mann, Woo, O. Russell, Nolan … La liste est longue et pratiquement interminable. Le savoir est son arme et avec lui, l’escalade est sans fin. Il relie les films, les livres et les jeux dans une toile infinie d’influence et d’inspiration. Dieu seul sait ce qu’il adviendra lorsque tout ceci éclatera. Mais comme a dit de lui un homme une fois, accoudé au comptoir d’un bar d’un Bowling quelconque : The Watcher abides. I don't know about you but I take comfort in that. It's good knowin' he's out there. The Watcher. Takin' 'er easy for all us sinners.

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