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Peuples & Musiques au Cinéma

December 23, 2018
Chroniques

Le festival Peuples & Musiques au Cinéma, qui se déroule chaque année à la Cinémathèque de Toulouse, est un rassemblement spécialisé dans l’ethnomusicologie organisé par l’association Escambiar, actrice majeure de la vie associative et culturelle toulousaine.

Visuel du festival peuple et musiques au cinéma

Vous ne savez probablement pas ce que c’est, et j’avoue qu’en y allant ce n'était pas très clair pour moi non plus. En vérité, la réponse est toute simple et se trouve carrément dans le nom du festival : c’est l’étude des rapports entre société et musique. Manque à savoir une chose, pourquoi “au cinéma” ? Eh bien c’est là ou ça devient encore plus intéressant. Cet événement ne se cantonne pas à une approche exclusivement scientifique et documentaire de la discipline, et propose également des œuvres de fictions. Celles-ci couvrent des domaines variés tout en restant cohérentes et en appuyant les documents de recherche. On voit ainsi rapprochées, dans l’édito même de la prog’, la culture rave des 90’s et les musiques traditionnelles béninoises et maliennes, car ce sont deux cultures musicales ayant un rapport étroit avec l’état de transe.  

J’ai pu assister, dès l’ouverture du festival, à une séance hommage à l’ethnomusicologue Gilbert Rouget. Mort en 2017, c’est un chercheur célèbre, notamment pour sa thèse d’État sur le lien entre musique et transe. Il a également, comme tout bon ethnologue, fait énormément de travail de terrain, ce qui sous-entend une longue immersion parmi les populations étudiées permettant de mieux comprendre leur rapport à la musique.

Gilbert Rouget
© Giornaledellamusica

Rouget est également connu pour sa forte personnalité et son franc-parler, il va droit au cœur du sujet, sensible ou pas. Cette éthique de travail lui permet d’avoir un regard juste - ni dérangeant, ni complaisant - sur les cultures étudiées. La séance comportait trois courts-métrages: deux sur les musiques cérémoniales au Bénin, et une sur les percussions pratiquées par les chevriers dogon, un peuple malien. La séance a été suivie de la projection d’entretiens filmés du chercheur puis d’une discussion autour de ces archives. Discussion qui s’est vue honorée de la présence de deux prestigieux ethnomusicologues : Bernard Lortat-Jacob (collaborateur de Rouget, aventurier notoire, et spécialiste des techniques vocales), ainsi que Joséphine Simonnot qui est également ingénieure et réalise des travaux innovants, afin d’améliorer l’accès aux archives sonores (là je m’adresse aux étudiants en ethnomusico’ : remerciez-la, elle est en train de sauver vos culs de flemmards). En parlant d'étudiants, ils ont été nombreux à assister à ces séances puisqu’elles constituaient un cours pour les étudiants d’un paquet d’institutions toulousaines de la musique et de l’audiovisuel.

Comme je l’ai dit plus haut, je n’avais approximativement aucune notion d’ethnomusicologie avant de me pointer au festival, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier les œuvres montrées. Évidemment, des films tels que In the Land of the Head Hunters (Edward Curtis, 1914, USA) n’ont même plus à prouver leur intérêt artistique, cependant, parmi les documents scientifiques projetés, il est indéniable que la plupart ne sont pas dénués de sens esthétique.

Durant la projection hommage à Rouget, l’un des intervenants l’a dit lui-même : ce sont des documents quelque peu ingrats à regarder. D’une part parce que l’esthétique ne peut être la priorité d’un chercheur (TMTC la rigueur scientifique), mais également car les caméras utilisées sont vouées à beaucoup voyager, dans des conditions souvent difficiles. Cependant, on peut observer des mouvements de caméra, des angles de prises de vues qui attestent d’une volonté esthétisante cohérente avec la musique enregistrée. Ce qu’on nous a expliqué par la suite, c’est que la gestuelle des musiciens est tout aussi importante que le son dans la compréhension des traditions musicales, ce que Gilbert Rouget avait parfaitement compris lorsqu’il réalisait ses films. Dans les musiques traditionnelles béninoises, le corps est un instrument puisque celles-ci mêlent majoritairement danses, percussions et chants.

musiques traditionnelles béninoises
© REUTERS

Alors je suis loin d’en être ressorti expert en la matière, mais j’en ai appris pas mal sur des cultures que je ne connaissais pas, et je ne pense pas du tout qu’il faille être initié pour y aller. Les intervenants font un remarquable travail de banalisation et éclaircissent beaucoup d’éléments qui peuvent paraître obscurs au spectateur. Je pense en particulier au 3ème court de la séance, durant lequel on voit apparaître de mystérieux cartons présentant ce qui semblait être des caractères mathématiques. Mon instinct d’étudiant en art pédant qui se polit le manche sur des films de la Nouvelle Vague, m’a fait leur trouver une dimension esthétique révolutionnaire… avant qu’on nous explique que Gilbert Rouget avait tout simplement entrepris d’établir une grammaire rythmique de la musique traditionnelle dogon.

Il est en tout cas clair que ce festival nous offre une approche instructive et divertissante d'une discipline trop peu reconnue à sa juste valeur. Le tout géré par une équipe investie et avenante. Je reviendrai !



Crash

oh putain la cuite...

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