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The Killing of a Sacred Deer

March 2, 2018
Chroniques

Alors que The Lobster (2015) m’avait mis une claque cinématographique monumentale, The Killing of a sacred deer (2017) m’a plutôt retourné le cerveau de manière horizontalement perpendiculaire. Il faut l’avouer, le film n’est pas le long-métrage le plus joyeux que l’on ait pu voir en 2017 et bien qu’il soit catégorisé comme un « drama / horror movie », on devrait plutôt parler d’un « drama psychologique » voire psychanalytique. En résumé (et sans spoiler), c’est l’histoire d’un jeune garçon, Martin, qui entretient une relation « père-fils » avec le chirurgien qui a opéré son père, à présent décédé. Martin va s’insinuer de plus en plus dans la vie du médecin et… ben, je ne vous dis pas la fin mais je peux affirmer sans trop vous surprendre que ça part en cacahuète.

Affiches film de Yorgos Lanthimos

The Lobster, ou « Le homard », pour le titre français, était déjà une expérience à part entière, de par l’univers dans lequel le malaise, dû à des relations humaines et sociales complètement froides et dénuées d’ambiguïté, règne en maître. On nous présente une histoire d’amour très loin du « fleur bleue » réservé aux comédies romantiques, avec ici un rapport cru à la sexualité et un détachement de toutes les émotions qui pourraient entrer en ligne de compte. Ces relations déstabilisantes sont un élément récurrent du réalisateur. On retrouve ainsi la banalisation de l’acte sexuel comme monnaie d’échange dans son film Canine (2009), dans lequel trois enfants sont maintenus enfermés chez eux par des parents qui leur mentent sur le monde extérieur et leur refusent la moindre sortie en dehors des murs de la propriété tant qu’ils n’ont pas perdu leurs canines. Pour The Killing of a Sacred Deer, on peut voir que, tout en étant différent, le film pourrait se concevoir comme la suite de la réflexion de Yorgos Lanthimos sur les relations humaines et la construction familiale débutée par les films précédents.

Les films du cinéaste sont construits presque comme des contes, qui nous apprennent l’importance des choix et de la liberté d’exprimer nos émotions, aussi étranges soient-elles. Ses personnages n’en expriment que très peu et c’est bien ce qui les mène à leur perte généralement. Ce refoulement émotionnel s’accompagne d’un refus du réalisateur du tapis musical, préférant favoriser le silence et l’accentuation de certains instruments seuls, grinçant ou vibrant à des moments précis, afin d’appuyer le sentiment de gêne qui grandit, grandit et grandit encore sans pour autant que l’on ne puisse s’empêcher de trouver l’expérience fascinante bien que perturbante.

Enfin, comment ne pas mentionner l’incroyable précision des décors et de la mise en scène présents dans tous les films du réalisateur. Cette construction d’un monde où tout est froid et rangé et qui pourtant paraît déstabilisé et bancal. Un monde construit dans les règles et la symétrie, oui, mais dans lequel les personnages se sentent décalés, bien que, si l’on y regarde de plus près, on se rend compte qu’ils correspondent entièrement à l’univers dans lequel ils sont plongés. Rien que la manière dont les objets, les lieux et les acteurs sont cadrés nous donne cette sensation de bug dans la matrice. Cette impression d’extrême bizarrerie mais qui reste logique, cohérente et qui apparaît parfaitement juste.

Le génie chez ce réalisateur, ce sont bien les niveaux de lecture que l’on trouve dans ses films et qui fait que l’on pourrait les analyser d’une dizaine de façons différentes. En cela, les films de Yorgos Lanthimos sont un peu comme des rêves dans lesquels ils se passent des événements anormaux mais qui vous paraissent complètement plausibles et mis à la bonne place tant que vous êtes endormis. Ce n’est qu’au moment où vous vous réveillez et que vous analysez votre vision (ici le film) que l’étrangeté de l’atmosphère, et des éléments qui la composent, vous apparaît.

Yorgos LANTHIMOS
Crédit photo © Antoine doyen

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