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The Lighthouse par Robert Eggers

September 29, 2019
Fifigrot 2019

The Lighthouse réalisé par Robert Eggers - Avec Robert Pattinson et Willem Dafoe - Production : A24 & New Regency Pictures - Distribution : A 24 et Universal Pictures France


J’attendais ce film avec une appréhension particulière. Une appréhension tout d’abord parce que j’avais adoré The Witch, son précédent (et premier) long métrage, et qu’après avoir signé un tel chef d’oeuvre je me demandais s’il serait capable de renouveler l’exploit. Appréhension ensuite, car au vu de son format long (près de deux heures) et de sa palette d’acteurs réduits, je me demandais si le film n’allait pas virer très vite à la chiantise absolue. 



Appréhensions vite neutralisées dès les premières minutes du film. Ce film est sublime et chaque plan respire la précision. Là où The Witch, déjà magnifique, visitait les forêts et travaillait les couleurs, The Ligthouse explore le territoire de la mer dans un magnifique noir et blanc contrasté, tourné en pellicule, excusez du peu. On ausculte dans ce film la relation tendue entre deux gardiens de phare, un ancien (Willem Dafoe) qui doit former un nouveau (Robert Pattinson) et qui vont devoir apprendre à cohabiter dans un environnement hostile pendant un mois avant la prochaine relève.  Allez, confidence pour confidence : The Ligthhouse m’a fait pleurer d’admiration devant tant de perfection visuelle. On est donc loin du film auteuriste chiant que je craignais !


Regardez ça comme c'est beau ! © CaptainWatch

Ces appréhensions premières ont très vite été remplacées par une nouvelle crainte :  la tension viscérale du film. Si The Lighhouse n’est pas à proprement parler un film d’horreur, l’ambiance pesante, l’angoisse qui ne fait que gagner en ampleur et le noir et blanc contrasté qui intensifie chaque ombre, font que le film se rapproche d’un film d’épouvante. La corne de brume du phare, affreusement flippante, rythme tout le film de manière régulière et ne laisse jamais notre esprit au repos. Les sirènes au cri glaçant sont aussi très réussies, à la fois séduisantes et mortifères, telles que décrites dans les contes de marins. Mention spéciale au jeux terrifiants de Dafoe et Pattinson, qui sombrent petit à petit dans la folie et nous entraînent avec eux. Leurs expressions faciales amplifiées par des noirs et blancs déformant leur faciès leur donnent des mimiques absolument terrifiantes. On est pas loin d’un film d’horreur expressionniste allemand ici ! Les références aux grands noms sont d’ailleurs légion : on passe du Faust à un M le Maudit avec des clin d’oeils qui feront plaisir aux plus cinéphiles d’entre vous. 



© Universal Pictures France



The Lighthouse ne manque en effet pas de niveaux de lecture, et nécessitera sans doute plusieurs visionnage pour trouver toutes les symboliques convoquées par Robert Eggers. Parmi les lectures évidentes, on retrouvera des références au mythe d’Icare, avec un Pattinson qui se brûle les ailes à la lumière d’un soleil - lanterne de phare, à Prométhée dont le foie est condamné à être mangé par des corbeaux-mouettes, des lectures mythologiques avec un Dafoe hybride, mi Poséidon mi Chronos, et l’indispensable présence des sirènes qui remplacent ici les sorcières de The Witch.


Mais le film possède aussi d’étranges sous entendus homosexuels entre Robert Pattinson et Willem Dafoe, ainsi que tout un rapport au caché, au mensonge et au non dit, qui nous fait nous demander si les personnages ne sombrent pas dans la folie à cause d’une homophobie ambiante et qu’à force de ne pouvoir exprimer qui ils sont réellement, ils se transforment en monstres.. Et je n’ai fait là qu’effleurer la surface de tout ce que le film a à dire, entre ses références visuelles, ses sous entendus, ses références textuelles (de nombreux poèmes viennent rythmer le film)... Quelle richesse et quelle complexité ! Il est bon de voir des films aborder autant de choses et ne pas se révéler entièrement au premier visionnage. J’irais d’ailleurs revoir The Lighthouse avec plaisir lors de sa sortie en salle, et espère être surprise par de nouveaux messages à décoder. 


© Universal Pictures France


The Lighthouse est une incontestable réussite. Un film si beau et si profond, porté par des acteurs qui n’ont jamais été aussi bons, et qui réussit en 2019 à dire des choses nouvelles dans un quasi huis clos en noir et blanc, tout en renouvelant les codes du cinéma fantastique auquel il est rattaché, ça tient franchement de l’exploit. Et s’il y a bien un film qui mérite qu’on le qualifie de chef d’oeuvre, c’est celui ci. 



Dolores

Dolores a un sale caractère mais elle se soigne. (Ou pas). Accro au cinéma depuis que The Wall lui a fait ouvrir les yeux sur cet art, elle engloutit depuis tout film qui passe à sa portée du plus insipide navet au plus grand chef d’oeuvre. Elle est aussi membre du fan club officiel des groupies de Park Chan-wook, de la secte des adorateurs de canards et collectionne les cartes Pokémon. Ne lui dites jamais que La Momie et Le Retour de la Momie sont des mauvais films, vont n’en ressortirez pas indemnes.

Elle est aussi Youtubeuse, photographe, dessinatrice et rédactrice pour TOP 250. Pour suivre ce joyeux bordel, c’est par ici :

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